OSMOSE,

Grégoire Bergeret

 

Exposition  du 3 mars au 28 avril 2018

 

Vernissage le vendredi 2 mars , à partir de 18h

 

Il serait trop facile de prendre l’atelier de Grégoire Bergeret pour une sorte de « laboratoire » même s’il y réalise un tas d’exercice dont la maturité sera souvent soumise au hasard d’évolution aléatoires. En plus Grégoire cuisine. L’atelier de Grégoire est une œuvre. Une sorte de sculpture géante dans laquelle il intervient en permanence, y pratique l’abandon, l’observation, l’accumulation, le déplacement, l’oubli, et, de temps à autre, en extrait quelque chose. Un flan séché dans lequel il aura imprimé une image de magazine. Une carapace de tortue enduite de colle et de couleurs et de pneu fondu. Des couvercles découpés. Des alignements de chiffres. De la musique. Des mots. Une chaise éventrée avec une image scotchée sur le dossier. Une marionnette fantôme de teenager. Des choses. Des capsules. Des trainées, des traits, des restes, un ensemble toujours fini et toujours en train de se faire.

 

Ca fait plusieurs années que je fréquente son atelier. On y observe le canal depuis la fenêtre. On cherche dans le tas des trucs qu’on aurait bien perdu ou qu’on pourrait espérer trouver. On y organise des fêtes, on y improvise des performances. On y entasse des choses ramassées dont on ne sait que faire. Il y a une chimie, de l’électricité. Des choses versées, moulées, déchirées, emboitée, mélangées, passées au feu ou à la cire, passées à l’acide ou gonflées, étirées, sanglées, empilées comme une playlist chorale, urbaine et sauvage et si cet atelier était un personnage, il serait le dernier politicien érotique.

 

Dans cette maison commune où il habite on rentre par son atelier. Son atelier est un hall. Les choses qui y fument encore, les restes des explosions, les coulées d’encres de son usine a t-shirts, les chaines de chiffres, les peintures mouvantes sont le premier décor d’une collectivité qu’il a conçue comme un lieu de vie et de travail où tout pourrait se mélanger, les enfants et le ciment, les copains et les formes en plexiglas, les photocopieuses de sa femme et le reblochon, un hôtel jouissif et libre, un fantasme de liberté qui s’appele « mort et vif ».

 

Grégoire vient de terminer sa commande publique pour l’hôpital des greffes de Annecy, un projet très pensé. Thématique presque.  C’est la partie « calculée » de sa pratique. Il y a deux trois semaines on s’est mis a discuter de son projet pour YBA. Et je pensais à trois choses qui, sans êtres vraiment claires, pourraient êtres les sources de son installation. Deux scènes dans les tontons flingueurs et les pavillons russe et des usa à l’expo 58. La première scène (était-ce bien dans les tontons flingueurs d’ailleurs ?) c’est celle ou Lino Ventura entre dans l’appartement du fiancé de sa fille. Le jeune homme s’essaye à des grandes installations musicales, une sorte d’orgue bâtard d’inventeur démiurge, ou les sons s’échappent de fioles et de bouilloires, ou l’appartement est transformé en gigantesque instrument et c’est sous le sourcil froncé et dur que la crédulité du personnage de Lino Ventura se voit entamée d’un scepticisme profond. Ce jeune homme rappelle immanquablement un jeune Henri Pousseur, un Stockhozen fébrile, un Boulez illuminé qui fait front de son amour pour la jeune fille devant ce truand médusé.

 

Le second élément est un texte que je me souviens avoir lu dans October magazine il y a des années sur le fait que le pavillon russe, alors grand pays totalitaire, laissait l’entière liberté aux visiteurs de circuler parmi un ensemble d’œuvres emprunte de réalisme socialiste alors que le pavillon étasunien conduisait les visiteurs en file, afin qu’ils admirent les grandes nouveautés démocratiques de l’époque qu’étaient les corn flakes en boites, le lait conditionné en brique, les cadillacs « Deville » les écrans cathodiques et tout ce que ce pays nous vendra comme étant le « confort démocratique ». Ce paradoxe, si on peut appeler cela comme ça, est également une source dans le travail de Grégoire qui est fait d’autant de scènes de bondage cruelles que de flirts bucoliques, autant de scènes hallucinées et délirantes que d’observations et de recherches, autant de choses finie que de choses sans fin.

 

Et le troisième est la scène de la cuisine dans les tontons flingueurs. Celle des souvenirs et des montées délirantes, un des grands classiques du cinéma français qui fera écho aux origine de l’artiste autant qu’a sa passion pour à peu près tout ce qui vit.

 

Il a pourtant l’air honnête…
Sans avoir l’air franchement malhonnête au premier abord, comme ça, il m’a l’air assez curieux.

Y date du mexicain, du temps des grandes heures, seulement on a dû arrêter la fabrication y’a des clients qui devenaient aveugles, alors ça faisait des histoires… 

Ah faut reconnaître… c’est du brutal… Vous avez raison… il est curieux hein… 

J’ai connu une polonaise qui en prenait au petit déjeuner…
Faut quand même admettre que c’est plutôt une boisson d’homme. 

Ça me rappelle cette espèce de drôlerie qu’on buvait dans une p’tite tôle de Bienoa, pas loin de Saïgon, les volets rouges…et la taulière, une blonde comaque… comment qu’elle s’appelait nom de dieu ?

Lulu la nantaise T’as connu ? 

J’y trouve un goût de pomme 
Y’en a ! 

Ben c’est devant chez elle que Lucien Cheval s’est fait dessouder… Et par qui ? Hein ?
Bah v’la qu’j’ai plus ma tête !
Par Teddy de Montréal, un fondu qui travaillait qu’à la dynamite ! 

Toute une époque. (1)

David Evrard 
octobre 2014

 

 

(1) in « les tontons flingueurs »,  G. Lautner, 1963, dialogue de Michel Audiard 

 

 

 

 

 

©Grégoire Bergeret